Confluences vs Mauvaises Influences


Paru dans la livraison du 13 mars 2013 du Quotidien Le Mauricien

L’étoile et la clé de l’océan Indien ! C’est ainsi que l’on te surnomme, belle île. Et c’est normal ! Ce qu’il est flatteur, en effet, de se savoir vivant sur un morceau de rocher au milieu d’une mer bordée de nos racines et autres terres d’espérance. Mais à bien y réfléchir, après 45 années de vie libre, pouvons-nous toujours en être aussi fier ? Ce que je retiens, avec du recul…

Notre liberté ?

Bientôt un demi-siècle d’une liberté somme toute relative, une liberté qui aura valu à notre terre-mère l’amputation d’une de ses contrées les plus exotiques… C’est ce que je retiens, avec du recul. Un pan de Notre Histoire nous est encore flou, occulté volontairement, semble-t-il, de nos manuels d’écolier, comme pour gommer une erreur impardonnable, commise dans le dos de tout un peuple. C’est ce que je retiens, au bout de mes quasi 48 années de Mauricien entier. Mais qu’est-ce donc la liberté, si c’est pour s’extraire d’un joug impérialiste, au détriment de deux milliers de compatriotes, dont la 5e génération se retrouve toujours en souffrance, 50 ans plus tard ? La vérité de notre indépendance, elle est là… au creux de la misère de nos frères et sœurs chagossiens. Ils n’ont aujourd’hui nulle terre à eux, car ici en République de Maurice, ils sont en exil et là-bas chez eux, ce n’est plus chez eux. Ils sont le sacrifice humain, des vies données pour une liberté qui a, aujourd’hui, jour de mars, un arrière-goût amer, rance d’un demi-siècle ! Mon cœur pleure, mais cette liberté-là, même tronquée, elle est mienne… Elle est nôtre ! Elle appartient à nos enfants, à leurs enfants… elle nous est acquise et plus précieuse que jamais… Je ne lui cracherai pas dessus. Aujourd’hui, nos enfants ne paient ni le bus, ni leur scolarité du cycle primaire et secondaire. Leurs aspirations vont bien au-delà de ce que nous envisagions pour eux. Nous sommes sortis de la monoculture et sommes arrivés au stade où nos enfants peuvent prétendre « faire docteur ou avocat » sur nos terres. Nous sommes parvenus au stade où nos écoliers peuvent s’habiller, griffés, au même prix que nous pour aller au boulot, avec le smartphone en prime. Nous avons évolué certes, mais voilà ! Un mal nous ronge et nous propose de vivre une version pervertie de la liberté…

Le Monstre est dans le placard… et nous hante encore…

Même si l’arrivée de Mammouth en 1985 libéra la ménagère des tâches ingrates et la renforça dans son rôle de productrice de richesse nationale, la société mauricienne, sous ses allures de consommatrice moderne, a bien du mal à se défaire de ses démons originels. Des monstres qui ont point dès le lendemain de notre prise d’indépendance… Satané communautarisme ! Ce communalisme, comme nous aimons à l’appeler, pèse de tout son vil poids sur les décisions d’un gouvernement laïc ! Il pollue de toute sa puanteur, l’exercice de la noble science qu’est la politique ! Il dicte à devenir répresseur d’opinions, arrogant et mal-pensant ! Si bien des guerres civiles (je pèse ici mes mots) ont été tuées dans l’œuf, il semblerait que nul ne veuille à ce jour en tirer les leçons. Bien au contraire, certains trouvent même l’audace d’essayer de reproduire les exécrables conditions qui mènent à la frustration grandissante d’un peuple qui a soif de justice sociale et d’harmonie. Au bout de plusieurs générations, c’est ce que nous avons cru être normalité ! On nous a fait accroire que le communalisme scientifique garantissait l’état-providence, que la monopolisation du pouvoir était une fatalité et que les miettes étaient de qualité. Est-ce donc cela notre idéal de liberté ? Doit-on se contenter de ces entraves qui se donnent des airs de salvateur ? Doit-on, à l’image du Dodo, rester à même le sol, s’engraisser par pure paresse et indifférence, pour finalement accepter l’inéluctable ?

Devons-nous continuer à rêver d’une Île Maurice meilleure ?

Notre pays a connu de grands hommes. Chacha en était un de ceux-là, avec Anquetil, Rozemont, Koenig, Boolell, Jagatsingh, Duval, Bérenger, entre autres… des bâtisseurs, des penseurs, des orateurs ; juste ce qu’il fallait pour animer et alimenter une scène politique. Mais aujourd’hui, il est dommage de se retrouver avec un pays qui s’appauvrit en social-intellect, alors qu’il s’enrichit de béton, de bitume et de projets de centrale à charbon, allant à contre-courant de tout bon sens écologique. Il est dommage de voir que les derniers vrais intellectuels qui nous restent sont ceux qui comme toute bonne âme, doivent s’en aller… incessamment ! Il y a ceux qui sont malades, d’autres en déclin et ceux qui fatigués d’une vie d’activiste pleine, ne trouve repos du guerrier qu’au fond d’un verre de Blue ou de Rouge. Et pourtant ! Je rêve tant de voir un Ah Fok ou une Zabine, Premier Ministre, un Président élu à la proportionnelle… je rêve tant… je sais ! Mais je sais aussi que c’est sur des rêves que se construisent les meilleurs lendemains. Mon Île Maurice ne se renouvelle pas ! Mon île somnole encore en attendant qu’un autre Kaya vienne lui rappeler les résultantes de l’impassibilité… Mon île s’est endormie… pour se réveiller un matin de février 2013, paralysée sous 50 centimètres d’eau… Mon île agonise, rien qu’à la pensée de l’éventuel air vicié aux abords des falaises d’Albion… Mon île est corrompue jusqu’à la moelle… à un point tel que même si Medpoint existait encore, on ne pourrait toujours pas la soigner.

Mais J’ai espoir !

Certains hommes et femmes de bonne volonté redonnent néanmoins espoir. Par ces temps qui courent, cela nous met du baume au cœur de savoir que certains Mauriciens se démènent sans compter, à la force des fonds de leurs poches, souvent au détriment de leur douillet cocon familial, pour livrer combat, en vue d’un meilleur futur mauricien. Il y a une nouvelle veine, un nouveau sang, un vent nouveau, tout plein de promesses… cela se sent ! A l’aube de notre 45e année en tant que pays indépendant, c’est la Nation toute entière qui doit se mettre en route, unie, métisse, pour Sa Marche du Sel, avec cette seule promesse de ne se sentir chez soi que quand tout le système fondé sur l’avidité, la division, et la corruption, tant de l’esprit que de la personne, sera enfin banni. Bonne Fête Île Maurice.

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