Viols et Châtiments


MAURITIUS, L’ÎLE MALADE : (

ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 25 AVRIL, 2013 – 15:05 | PAR ALAIN BERTRAND

Trois viols sur des femmes du troisième âge, rapportés en 24 heures, c’est mauvais signe… un mauvais signal quant à la santé morale de notre tissu social. A ce rythme, nous atteindrons très rapidement la zone rouge qui nous mettrait dans une situation de risques d’instabilité sociale à potentiel incendiaire. Il ne suffira alors que du tiers d’une étincelle !

Le Viol, Acte de Domination ? Oui… Mais Pas Que !

Quand on en vient à violer une femme de 80 ans, jusqu’à la tuer, et que ce n’est pas la première fois que des “mecs” d’un certain âge agressent sexuellement une personne du troisième âge dans ce pays, c’est qu’il y a péril en la demeure.

Cela ne relève en rien de pulsions sexuelles normalement connues, car dans la conception de l’être humain, la libido sait faire la part des choses, entre ce qui est physiquement sexy ou pas. Ce type de défoulement psychotique peut être attendu à New York, à Calcutta, à Durban ou à Mexico… en gros, dans les faubourgs de ces mégapoles, où s’entassent les gens dans une relative promiscuité qui pousse aux comportements décousus et extrêmes… Mais certainement pas à Camp-Fouquereaux, Rose-Hill ou La Gaulette. En tout cas, ce qui se passe chez nous n’a pas les mêmes sources que là-bas et n’est, en nul point, comparable (à bon entendeur salut !).

Si dans ces mégapoles de tels faits divers ne feraient pas autant écho, ici cela ferait du bruit, ça alimenterait les rumeurs qui pourraient, de surcroît, créer une névrose à dimension nationale. Voyez-vous, cela fait partie de nos gènes… Rappelez-vous les bagarres raciales ! A ce jour, je ne pourrai pas en dire, avec exactitude, les causes originelles. Malgré mes recherches, impossible d’affirmer, ou d’infirmer, avec certitude, que c’est sur une histoire de mœurs que tout commença, comme cela se chuchote encore. Presque 50 ans après, le voile de la rumeur continue d’en gêner la vérité. Tout cela pour dire qu’au-delà d’un certain seuil de tolérance, la torche sociale risque de s’embraser sur fond ethnique, hélas !

Le Viol… Indicateur d’Estime Citoyenne ?

Le violeur est incomplet, le violeur n’est pas achevé, le violeur a besoin de manifester (et de vérifier pour lui-même) sa puissance – Anonyme.

Si pour certains seigneurs de guerre le viol sert d’outil de nettoyage ethnique, pourrait-il aussi servir à mesurer le degré du respect de soi et d’autrui au sein d’une société comme la nôtre ? Sous cet angle, trois épisodes de viol sur des femmes du troisième âge, en si peu de temps, nous renseigneraient très bien quant au degré d’estime que s’attribue le Mauricien pour lui et pour la société politique dans laquelle il vit.

J’y vois comme un aveu d’impuissance, comme un acte de vengeance et de haine vis-à-vis d’un pouvoir qui nous diminuerait, nous ridiculiserait. Je les perçois collectivement comme un constat de faiblesse, d’une situation où nous n’avons plus la main. S’attaquer sexuellement aux « nani » revêt un sens bien particulier. J’en saisis même la métaphore. C’est assez symptomatique à mon sens, donc indicateur.

Le nombre de viols dans un court laps de temps, c’est peut-être aussi le thermomètre d’une société malade, en mal de repères et de « role models ». C’est, sans doute, dans notre cas très mauricien, un des résultats les plus pernicieux de plus de quarante années de laisser-aller, de « fais-ce-que-je-te-dis, ferme-la sinon-tu-perdras-ton-emploi » … de mon point de vue toujours.

Estime citoyenne ou Estime politique…

–     « Ouiiiii, avec Alain quand ça ne va pas, c’est toujours le gouvernement, c’est toujours le pouvoir »
–     « Non pas le gouvernement, mais le TYPE de gouvernement, le TYPE d’individus que nous nous imposons, en toute connaissance de cause, d’échéance électorale en échéance électorale. »

Comme dans la construction de l’adulte, la société mauricienne a besoin de ses repères, de ses hommes ou femmes modèles, de ses balises morales. L’exemple vient d’en haut, quoiqu’il se passe ! (malheureusement).

Et si c’était eux qui nous violaient sans discernement ?

Si l’on continue dans la logique (mon raisonnement) :
–    Peut-on expliquer que le viol de grands-mères soit devenu l’expression collective d’un rejet politique ?
–    Oui !

Pour cela, posons-nous les bonnes questions et essayons chacun d’y répondre, non pas comme un politicien à la rhétorique superficiellement suffisante, mais comme un praticien le ferait de manière objective, attentive et perspicace. Envisageons le problème, tel que nous le poserions pour un projet de la famille du voisin, par exemple. Nous commencerions alors par nous interroger de la manière suivante :

  • Comment voulez-vous que celui qui vole, viole, tue comprenne la finesse de la ligne entre le bien et le mal, quand un ministre ne se sent nullement concerné par la mort de 11 compatriotes dans des pièges à rat qui tombent sous sa responsabilité ?
  • Comment voulez-vous que celui qui ne mange qu’une fois par jour et doit, des fois, voler pour survivre, accepte le fait qu’il y en a une qui se promène avec MUR 22 Millions dans son “Kaba” magique ?
  • Comment voulez-vous que de jeunes entrepreneurs n’escroquent pas, quand il devient si simple de vendre à l’État, pour Rs 600 millions, un bâtiment « invisible » ?
  • Comment voulez-vous qu’on ne tue point quand des gens peuvent vous voler, presque Rs 1 milliard, au vu et au su des autorités, dont des institutions régulatrices ? …
  • Comment voulez-vous que nos jeunes et honnêtes professionnels aient confiance dans un système qui fait fi de leurs capacités, tout en favorisant une mafia qui ratisse contrats et affaires mirobolantes ?
  • Comment voulez-vous que certaines femmes ne se prostituent pas quand certaines deviennent milliardaires en moins de temps qu’il n’en faut, pendant que d’autres, sous couvert de femme d’affaires arrivent à gruger 2000 épargnants pour en tirer un demi-milliard de roupies ?

Non mais sérieusement… On se rend bien compte que la grande foire à la débauche est ouverte et que tous ces agissements vicieux deviennent des références, surtout quand la justice semble oublier son glaive, à presque tous les coups. Et nous nous étonnons que le nombre de crimes augmente ! C’est de là que viennent nos crises sociales.

Dichotomie… Schizophrénie collective

Nous sommes dans un système où, tout en sachant que ces faits sont récusables, l’on semble se dire que l’incompétence, l’immoralité, l’abus de position, le trafic d’influence et autres conflits d’intérêts, et j’en passe, sont des méthodes acceptables. Il est tellement plus facile de condamner par voie de presse, une jeune femme éconduite, du meurtre de son mari, que de clouer au pilori ce ministre à qui, selon moi, revient le devoir d’assumer la responsabilité de la catastrophe du 30 mars dernier.

Ceci dit, de ce point de vue, on arrive à mieux comprendre la source de la dichotomie de la société mauricienne. On arrive à percevoir la complexité de la pathologie qui génère sa schizophrénie : Aujourd’hui je gueule contre lui, dans un an je vote pour lui ; Aujourd’hui je le hais, aux prochaines élections je le plébiscite ; Aujourd’hui il me vole, demain je lui donne l’amnistie ; Moi, je n’ai peur de personne, mais je crains pour ma situation, pour mon confort !

Par ces temps qui courent, je ne pense pas qu’il faille mettre en fil rouge ces crimes odieux. Ce ne sont que des faits divers qui ne font qu’enfler une névrose collective presque palpable ! Des faits qui éloignent le petit peuple des vrais problèmes qui bouleversent sensiblement tout notre système de confiance que nous avons dans l’autorité qui nous chapeaute. Le petit peuple doit apprendre, doit comprendre comment certains s’amusent à nous piller, nos terres, nos sous… à nous voler des vies, notre santé dans Notre pays, sans qu’on s’en rende compte.

Le Doute du Mauricien…

Et le Mauricien, comme tout être humain, dans le doute, s’abstiendra. Mais voilà, c’est bien là le problème… Le Mauricien se met toujours systématiquement en position de doute, c’est bien là sa zone de confort. Un peu comme l’autruche… un petit peu comme le dodo écervelé.

Avec la tête dans le sable ou la tête sans cervelle, nous nous laissons violer sans broncher… en attendant les prochaines élections, quand nous leur renouvellerons leur permis de presque tout entraver ! Il nous faudra donc vite changer pour éviter la déconfiture de notre fragile tissu social.

Mais bon, il y a toujours ceux qui disent avec force : AR NOU NON !

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