Rapport Correctif PRB – Le Génial Coup de Poker de Ramgoolam !


La stratégie de la terre brulée

PRB - Le genial coup de Poker de Ramgoolam

Source : Le Mauricien

La Politique de La Terre Brûlée désigne, hors du contexte militaire, l’attitude d’une personne qui, risquant de perdre face à un adversaire, saccage la place que celui-ci s’apprête à prendre afin de minimiser ses gains et de gêner toute progression ultérieure.

On pourrait reconnaître là, cette tactique dans l’annonce faite par le chef du gouvernement mauricien concernant les corrections apportées au rapport du PRB. En tout cas, dans la forme, cela y ressemble fortement ! Face à la chronique d’une défaite annoncée, Ramgoolam et ses acolytes ont joué un coup de poker, un bluff électoraliste qui dépasse l’entendement, mais qui est quasiment réussi. Qu’on le veuille ou non, ces mesures atténuent la fracture salariale ! Mais à quel prix ? Atténueront-elles vraiment la fracture sociale ?

On me dira que je joue au réactionnaire invétéré, mais je m’élèverai contre ce que je considère être un « bakshish électoral » irresponsable et dangereux ! L’incompétence de ce gouvernement se prouve encore avec ce rapport correctif du PRB 2013.

« Que le montant que l’État décaissera aux fonctionnaires passe de MUR 4,6 milliards à MUR 5,6 milliards veut dire, soit le premier rapport était incomplet, soit le second rapport est généreux. Corriger un rapport par un peu plus de 20 % donne une très mauvaise indication de la qualité du travail qui a été fait. »

Pierre Dinan, économiste – source defimedia.org

Chronique d’un désastre annoncé

Nous vivons dans un pays qui dépend fortement de revenus rapportés, car nous ne produisons plus grand-chose de valeur. Le sucre et le thé sont devenus des denrées presque invendables et le textile mauricien ne survit plus que grâce à des mesures de perfusion concédées par nos marchés traditionnels. Notre service manufacturier dépend de l’humeur des consommateurs étrangers et notre tourisme, en mode de progression poussif, dépend fortement du pouvoir d’achat des consommateurs européens pour la plupart ; et nous connaissons les difficultés actuelles du marché français, pour ne citer que celui-là. Tous ces indicateurs devraient nous forcer dans une posture de vigilance en lieu et place d’une politique de distribution de bakshish électoralistes.

Certains spécialistes disent que de telles corrections aideront à booster la consommation, ce qui apparemment doperait la production. La production de quoi ? A bien y regarder, cette vérité d’économiste n’est applicable que dans les pays qui ont une économie fondée sur la production de biens à la consommation locale. Or notre pays importe ses produits de base. Nous ne produisons rien, nous importons nos voitures, nos denrées alimentaires, nos fruits, notre électroménager, notre technologie, notre musique, même notre sucre… tout quoi ! Par déduction, nous pouvons avancer que cette augmentation de salaires n’encouragerait que le débalancement budgétaire, au profit de l’import, et donc le surendettement du pays et par conséquent celui des citoyens… Et par extrapolation, l’apparition d’autres « Ponzi Schemes » plus populaires.

Fautes par omission

Avec son annonce judicieusement médiatisée, le Premier Ministre aura induit le peuple mauricien en erreur, en omettant de révéler les vices cachés d’un tel plan. Comment penser, qu’il y a quelques mois de ça, ce même gouvernement, et surtout le ministre des finances, disait que nous ne pouvions encore nous permettre des largesses, à cause de la récession globale. Sommes-nous déjà sortis de ce tumulte ? A ma connaissance non ! Y-a-t’il un magicien dans la place qui ferait sortir de son chapeau une situation économique de circonstance sur commande ?

Dans la cohorte de ministres qui devraient démissionner en 2013, j’ajouterai le nom du Ministre des Finances, Xavier Duval, pour avoir permis la publication d’un tel rapport qui dans sa forme actuelle, est juste un suicide économique, une manœuvre qui aspirera notre pays dans une spirale de mesures austères. Même si dans le fond ce rapport est favorable à l’atténuation de la fracture salariale dans le service public, il n’en demeure pas moins que cela accentue le risque accru de naufrage économique à moyen/ long terme.

Et puis il y a ce ton condescendant de Xavier-Luc Duval à l’égard du peuple et des travailleurs… Inacceptable de la part d’un Vice-Premier Ministre !

« Li pou koutt sak morisyin 4300 roupi par an, par personn, du plus grand au plus petit… Si nou pran par travayerr, ena enn ti pe plis ki 600 000 travayerr dan Moris, piblik-prive confondu, li pou kout sak travayerr 9000 roupi. Bizin payer sa rapor la ! Li pas sorti dan mo pos…

Li bon fer resortir ki se ban kontribyab ki pou bizin paye sa ! »

Xavier Duval, lors d’un point de presse du 22 mai 2013

Rendre le peuple complice d’une aberration politique

Avantageuses socialement, au premier abord, les mesures correctives du PRB 2013 impliquent, dans le moyen terme, l’arrivée en cascade de toute une série de problématiques qui ne feront qu’empirer une situation économique déjà précaire. Où trouver ce milliard additionnel chaque année ? Ou trouver la somme astronomique dans le cadre de ces mesures rétroactives ? Si nous commençons à peine à ressentir les contrecoups de la récession mondiale, injecter autant d’argent en un bloc ne pourra que compliquer la donne.

La logique d’un décaissement d’une telle ampleur et d’un tel accroissement des dépenses de l’état voudrait que la politique fiscale soit révisée à la hausse. La grande question reste : « Ou ponctionneront-ils ? TVA, Taxe sur le Revenu, Taxes Commerciales, Taxes Immobilières ? » Dans tous les cas de figure, cela se reportera sur le pouvoir d’achat et d’épargne du petit peuple. Et le petit peuple travaille pour la plupart dans le privé. Au cercle vicieux, alors de se mettre en place…

Si nous faisons le calcul, il nous reviendra que chacun des 600 000 travailleurs de ce pays devra payer chaque mois, environ MUR 400 de plus, pour que les 80 000 fonctionnaires puissent jouir d’une retraite sereine et confortable, sans la garantie d’un service public sans reproches… à commencer par les ministres eux-mêmes. Cela veut dire qu’à compter de 2014, le gouvernement mauricien prendra, qu’on le veuille ou non, de gré ou de force, MUR 4800 par an pour que le parti au pouvoir puisse tenir sa promesse électorale. Nous paierons ainsi pour la continuité avec des ministres irresponsables, incompétents et sans moralité ! Si ça ce n’est pas nous rendre complice, malgré nous, du pourrissement des mœurs politiques… Si c’est cela la justice sociale…

Dans tout ce bazar, ce qui n’est surtout pas dit, c’est que les effets ne se feront pas sentir tout de suite. Il existera un laps de temps entre sa réelle mise en place et les séquelles. A mon humble avis, après l’euphorie en 2014/15, poindra dès 2016, le début d’une réaction en chaîne. Devant un tourisme qui souffre, un secteur immobilier haut de gamme qui semble déjà en récession et surtout un secteur du BPO très sensible aux marges, on ne peut que s’attendre au pire.

Imaginez une mise à niveau dans le secteur privé ! Imaginez une augmentation des taxes ajoutée à une augmentation des salaires dans le privé ! Imaginez, une seconde, l’effet domino sur le secteur des PME/ PMI ! On ne devrait pas, alors, s’étonner des départs massifs dans le secteur des BPO, vers des pays plus compétitifs. Avec cette tendance là, d’ici à 2017 on devrait s’attendre à un accroissement sensible du chômage, avec entre 10 000 et 20 000 jeunes mauriciens jetés sur le pavé. Et par la même, une tension sociale sans précédent !

Et l’Hypothèse Cauchemardesque…

Même si je dois souligner le valeureux combat de Rashid Imrith, je pousserai la perversité jusqu’à me positionner en avocat du diable, méchant, ignoble et sans cœur… Et si tout cela faisait partie de la mise en scène ? Et si c’était pour se donner des airs d’un gouvernement qui est à l’écoute des syndicats, des travailleurs, du peuple, vis-à-vis d’un électorat majoritairement non-éclairé ?

« Nous attendrons que tu déclenches ta grève, nous ferons durer le suspens quelques jours, question de donner du poids à ton action, et nous annoncerons le rapport. Tu t’en sors grandi, le syndicalisme mauricien redorera son blason et nous avec ! »

Cette version de l’histoire ne m’étonnerait pas mais jusqu’à preuve du contraire, je n’y croirai pas ! Ce qui m’offusque par contre, c’est que ce gouvernement soit fort aise à nous mettre au pied du mur quand il le veut, laissant très peu de marge de manœuvre à toute opposition, qu’elle soit parlementaire ou idéologique.

Corriger les corrections

La décision de mitiger les effets de ce rapport correctif quasi destructeur, revient aux syndicalistes à qui je demande une analyse profonde, très profonde, de ce rapport Manraj. Ne perdons pas de vue certaines vérités simples. Entre les ajustements conjoncturels par rapport à la dégradation de l’image du pouvoir en place, le détournement politique et la transformation d’un rapport, qui se veut socialement juste, en arme à multiples tranchants, il est des points essentiels à considérer ! Nous savons maintenant pourquoi il aura tardé, ce rapport…

Dans l’absolu, même si ce rapport est un outil nécessaire au bien-être du fonctionnaire, il devra être appliqué en tenant compte de ses dommages potentiels. Il serait, je pense, de bon ton de l’échelonner de manière à atténuer son poids dans la balance des paiements du Gouvernement et du secteur public pendant les années qui précéderont le prochain rapport PRB. Il sera aussi question de réfléchir de manière commune avec le privé, dont les employés commenceront certainement à revendiquer un nivellement vers le haut.

Il est hors des capacités du quidam de faire les savants calculs qui nous tiendraient loin des naufrages systémiques et économiques du pays. C’est donc là, la mission prioritaire des syndicalistes qui ont à cœur la pérennité du système.
A bon entendeur, salut !

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