CNT – Enjeux, Perspectives et mon Avis !


Article d'Alain Bertrand
Paru dans la livraison de Le Mauricien du 08 juillet 2013

CNT SAGACNT Story, une Saga à Suivre

On ne finit plus de parler de la CNT dans nos livraisons quotidiennes, quelque en soit le titre. De la grève avortée à la réunion tripartite, en passant par l’échec des négociations menées par des syndicalistes en recherche de bonnes grâces, comme sortis d’un espèce d’épisode comique d’Agence Tous Risques, chacun des rebondissements est répercuté à l’unisson par les agences de presse mauricienne, sauf la MBC bien entendu ! Et c’est normal ! 

La CNT, qu’on le veuille ou non, est un des facteurs clé dans le fonctionnement et les dysfonctionnements de notre pays. Hier fleuron, elle est aujourd’hui la cible de quolibets qui se déclinent sans scrupules, en public et sur les réseaux sociaux. Cependant, au-delà du « Talk of the town » simplet, sa situation nous préoccupe, surtout depuis que dix d’entre nous auront péri dans des circonstances directement liées à son mode de gestion.

Les revendications des travailleurs de la CNT, à une exception prés, sont justes. Du refus d’une privatisation non-concertée à la révision des salaires, les récriminations tombaient à pic. On pouvait entrevoir l’opportunité de régler une fois pour toute, tous les bobos affectant la corporation nationale et la gouvernance de notre pays, mais certains opportunistes ont jeté l’eau du bain et le bébé avec.

La revendication salariale… seul véritable point d’orgue !

S’il existe bien un point où nous sommes tous d’accord, c’est la Privatisation de la CNT. Ce n’est juste pas possible ! Les services essentiels doivent rester propriété du peuple mauricien, pas même celle du gouvernement (et je pense la même chose pour le CEB, le CWA, la MBC, etc.) ! Apres l’épisode de MT/ FT/ Orange, « Satt bwar dile so, enn sel fwa ! », j’aurai envie de dire !  Donc à mon avis, ce problème est réglé, si on s’en tient à l’importance capitale du service de transport public et à la manière de voir ces services essentiels comme propriétés inaliénables de la Nation et du Peuple.

Mais il y a plus épineux dans les revendications des travailleurs de la CNT, car il est une évidence aussi grosse qu’un nez au milieu d’un visage ; Les salaires des employés de la CNT doivent être révisés !

Il est aussi, hors de question de retrouver dans une corporation paraétatique, deux régimes salariales, un, sujet au PRB et qui ne concerne qu’une minorité de cadres et l’autre, sujet au NRB, qui touche directement ceux-là même sans qui, nous ne pourrions ni aller au travail, ni à l’hôpital ou à la plage. Cette situation discriminante suffit à créer des envies de sabotages.

Oui, des travailleurs qui ont des journées de 12 heures, qui ne connaissent pas de jours fériés ou de fête nationale, ne peuvent pas continuer, en 2013, de recevoir MUR 10 000 par mois après 20 années de bons et loyaux services. Cela relève quasiment de l’exploitation de l’huile de coude.

Il y a un réel besoin de revaloriser leurs durs métiers.  Mais voilà ! Envisager une révision salariale massive et soudaine implique beaucoup et  beaucoup de paramètres de confort, financier surtout, qui n’existent pas à la CNT malheureusement. La grande vérité sous-jacente, c’est bien entendu la situation financière déplorable dans laquelle se trouve la corporation para-étatique, sans compter le chaos au niveau de la logistique et des ressources humaines. Et de là, les grandes questions…

Comment vont-ils répondre à la demande des travailleurs, avec des dettes qui dépassent l’entendement ? Ou trouver les sous ? Dans la configuration actuelle, et selon la Banque Mondiale, la CNT nécessite une injection de plus d’un demi-milliard de roupies et la refonte totale de son Management ! Et pour redresser l’image même de la CNT, il y aura beaucoup de boulot de dimension herculéenne !

Il faudra une planification sérieuse car, sans aucun doute, cette augmentation salariale, même justifiée, impactera, qu’on le veuille ou non, le porte-monnaie du citoyen. Ce ne sont ni les 65 bus neufs, ni les promesses d’un gouvernement qui n’a plus de droit moral de gouverner, qui viendront dorer la pilule ! Et nous paierons plus ? Pourquoi ? Juste pour permettre à d’autres citoyens de jouir d’une vie meilleure ? Et nous alors ? Quid de notre sécurité ? Quid de la fiabilité du transport public ?

D’autre part, pas question de permettre aux politiciens ou autres syndicalistes opportunistes et amateurs d’en récupérer les retombées !

Valeur du jour, les syndicalistes qui représentent les intérêts des travailleurs de la CNT, ne semblent pas dans une position de proposer quelque plan que ce soit. Ils n’inspirent ni la confiance du public voyageur, ni celle de la majorité des travailleurs, même si cela ne se dit qu’à bas mots, au sein même de l’entreprise concernée. La preuve en est : Toutes les négociations relatives à la dernière grève des chauffeurs et receveurs de la CNT sont tombées à l’eau ! Sauf pour une ligne ; la 141 ! Si ce n’est que pour cela qu’Ashok Subron s’assied à une table de négociations, on n’est pas sorti de l’auberge. Un enfant de 6 ans, au tandrum tonitruant, aurait fait dix mille fois mieux ! J’aurais fait mieux, en face d’un Bachoo incompétent, d’un Mohamed en mode provocateur et d’un gouvernement que beaucoup d’entre nous jugeons inapte.

Mon Humble Avis

Si on me demandait mon avis, je dirais qu’il faut d’abord nettoyer la place ! Commencer par virer ceux par qui arrivent les scandales : en l’occurrence Robin Soonarane et le Ministre de Tutelle, Anil Bachoo, sur la base que ces deux acolytes ont laissé pourrir une situation qui a abouti à des morts, des accidents et des incendies en cascade, des autobus dans de lamentables états mécaniques et des relations industrielles tendues… Il leur a fallu d’être vraiment irresponsables et incompétents pour en arriver à ces résultats ! Cela s’apparente à de la dilapidation de biens sociaux ! Il n’existe aucune circonstance atténuante pour ce tandem.

Guérir et prévenir

Exiger du gouvernement, qui s’est vanté d’avoir plus de 100 Milliards de réserve, qu’il injecte au moins MUR 700 Million en urgence et appeler au chevet de la CNT, des professionnels du transport public mauricien, pas des technocrates parachutés politiquement.

Je verrai bien un panel d’experts locaux composé de personnes compétentes. Je pense entre autres, à des cadres de RHT, compagnie très sérieuse, aux méthodes modernes, dont le success-story ne fait aucun doute. Il y a aussi ces cadres compétents de la RDA, de la NTA, des professionnels du privé etc. Ce panel devra aussi représenter les usagers dotés d’un ou plusieurs sièges. Les travailleurs également, représentés non pas par des icônes-star en mode affûtage d’image, mais par un ou plusieurs de ceux qui travaillent à la CNT. Pas un cadre, mais un Chauffeur/ Receveur/ Contrôleur/ Mécanicien… une femme ferait l’affaire. Sa sensibilité de mère, de ménagère et d’employée est définitivement un bonus autour d’une table de réflexions. C’est aussi cela la démocratisation, Monsieur Navin Ramgoolam.

Ce panel devra avoir les mains libres et les prérogatives nécessaires pour réfléchir et dresser une feuille de route où seront inscrits les projets, les actions et l’avenir de la CNT sur une période de 15 ans tout au moins. Identifier les besoins futurs en équipement, logistique, ressources humaines, sécurité, formation, définir une stratégie pour une compagnie qui s’insérerait dans le concept Maurice Ile Durable… entre autres. A ne pas commettre la même erreur qu’avec le comité Manraj sur l’énergie durable.
Et veiller surtout à en écarter tous ceux susceptibles de générer des conflits d’intérêts !

Communiquer

Proposer à la CNT de rencontrer ses usagers dans un souci de transparence et de création de relations durables et franches.

La compagnie doit pouvoir expliquer d’elle-même, sa situation réelle, ses projets, ses méthodes, etc., et non pas attendre qu’un ministre ou un fonctionnaire de Port Louis pour le faire. Redonner confiance, en communiquant sans ambages, permettrait d’effacer la frustration latente qui diminue certainement les performances. Cette compagnie, tout particulièrement, est quelque part propriété de ses usagers. Quelque part on devrait se sentir tous actionnaires de cette entité nationale et en tant qu’actionnaires nous devrions être tenu informés de manière ponctuelle des choses positives comme des choses négatives. Qu’elle le fasse à travers la presse, ou par des réunions d’information régionales, il faudra que le but ultime de la CNT soit le regain de confiance à travers de vérités dites sans langues de bois politiques.

Professionnaliser

Il serait aussi intéressant d’appeler les concessionnaires d’autobus à l’actionnariat de cette compagnie qui nécessite des compétences techniques pointues. Ce serait une manière de responsabiliser ceux qui vendent des bus à la CNT. En tant que stakeholders, ces concessionnaires auraient le devoir d’offrir, comme pour les avions, des services propriétaires de mécano parallèlement à un service après-vente qui serait basé et géré à Maurice (comme le veut la loi) et pas en Inde (comme pour les bus Tata, Ashok Leyland ou les fameux Blue Line). Il leur serait aussi imposé de proposer des solutions pratiques et techniques, au niveau de la sécurité, de la qualité et de la technologie, propres à un service de transport public sûr et progressif.

Puis il y a la formation continue du personnel naviguant et surtout de celui de l’entretien technique. Il est temps que cela devienne intrinsèque à l’ADN de toute corporation qui est au service du peuple. Si certains chauffeurs et receveurs ont des réactions inciviles des fois, c’est surtout par rapport à leurs sentiments de frustration, d’insécurité, de sous-équipement et d’incapacité à réagir devant des situations en public. Les former en continu sera une manière de valoriser leur métier.

Libéraliser

En dernière chose, je proposerai qu’on abolisse le système de monopole d’exploitation des lignes. S’il est une chose que j’ai apprise dans ma petite vie, c’est que la compétition saine ne peut que bénéficier aux consommateurs comme à la compagnie, si bien encadrée et régulée. D’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi, cet état de choses existait encore en 2013. Il doit y avoir quelqu’un qui ferait croire, à tort aux travailleurs de la CNT, que les lignes leur appartenaient ! Mais voilà, la libéralisation des lignes n’est pas chose à faire au petit bonheur la chance. Elle devra se faire uniquement dans l’intérêt des usagers en TOUT point de l’île, le transport étant un service essentiel au même titre que l’électricité, l’eau et le téléphone. Il faut aussi que les travailleurs comprennent que libéraliser les lignes n’équivaut pas à une privatisation annoncée. Tant que le gouvernement ne retire pas ses billes majoritaires, la Corporation Nationale de Transport ne sera jamais privée. Elle appartiendra toujours au peuple !

La saga CNT est une affaire à suivre avec beaucoup de sérieux !

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