Ponzi or Not Ponzi… That is NOT the Question !


La nouvelle abrutissante tomba, sur mon poste, comme une chape de plomb, à 00:45 le vendredi 03 avril 2015 ! La licence de la Bramer Banking Corporation Limited venait d’être brutalement révoquée par la Banque de Maurice, alors que la population, aux abords du weekend de Pâques, dormait paisiblement à poings fermés.

Les couche-tard des réseaux sociaux et certains journalistes hyper-réactifs s’emparent de la nouvelle et commentent le communiqué de la BoM, sans trop en connaitre les vrais tenants et les vrais aboutissants. Certains internautes se vanteront d’avoir prévenus des énormes retraits par millions des caisses de la Banque incriminée, alors que d’autres divaguent sur la possibilité d’une nouvelle facette d’une Vendetta politique entre Jugnauth et Ramgoolam, le nouvel homme fort et le déchu respectivement. Au bout du compte, on n’y verra plus clair qu’aux environs de 13:00 ce vendredi là, quand une conférence de presse du premier ministre, organisée dans l’urgence, confirmait la gravité de la situation.

« Nous sommes en présence d’un scandale financier sans précédent où il y a eu un projet prémédité pour arnaquer des gens. 23 000 personnes sont tombées dans le piège et 160 000 ‘policy holders’ sont concernés», déclarait Sir Aneerood Jugnauth, sur un ton grave et sévère qui lui est propre.

Il parle alors d’une gigantesque arnaque à la Ponzi, de l’ordre de 25 Milliards de roupies mauriciennes.

Les événements aboutissent, ensuite, à la mise sous contrôle judiciaire d’un mastodonte historique des assurances mauriciennes, La British American Insurance et à la suspension des cours du groupe à la Stock Exchange de Port-Louis.

Devant l’ampleur de la catastrophe, les épargnants lésés font entendre leurs voix devant les bureaux de primature et très vite, le ministre Lutchmeenaraidoo, lors d’une autre conférence de presse, viendra rassurer les clients et les employés de la banque, tout en expliquant que toute la diligence des décisions prises dans cette affaire allait dans le sens de l’évitement d’une catastrophe économique et sociale. A la veille des Fêtes de Pâques, événement hautement populaire du pays, les clients de la Bramer allaient ainsi pouvoir accéder à leurs comptes à partir des guichets automatiques de la banque.

Si certains dénoncent une manière cavalière de faire les choses de la part du gouvernement, de mon humble point de vue, la gestion de cette crise naissante a été rendue efficace grâce à une promptitude et une clarté dans la communication et du Premier Ministre et du ministre de tutelle, quant aux mesures immédiates à prendre dans un contexte où fête populaire chrétienne et fin de mois se confondent. Mais au delà de cela, existent d’autres contrecoups potentiellement dangereux, qu’il serait judicieux d’appréhender…

Toujours est-il qu’une semaine après ; “We are back at Business as Usual”, avec une nouvelle entité bancaire, la National Commercial Bank, créée par le gouvernement mauricien qui injecte MUR 200 Millions pour stabiliser les opérations de l’ex-Bramer Bank. De quoi redonner du souffle, et un nouvel allant en attendant une revente profitable, à une entité privée.

Pour comprendre l’ampleur du désastre…

Il faut d’abord comprendre le poids de la British American Insurance et de ses ramifications dans la société mauricienne.

L’histoire de la British American Insurance commence en 1969. La petite branche s’épanouira, au fil des années pour devenir un mastodonte commercial au Chiffre d’Affaires cumulé totalisant près de USD 500 Millions et aux actifs de plus d’Un milliard de Dollars, faisant de lui un des plus gros conglomérats de la Région et de l’Afrique de l’Est.

Sur le plan domestique, La BAI a des activités dans quasiment tous les domaines : Finances, Services, Luxe, Détail, Santé, Tourisme, Logistique, TIC, Marketing, BTP, Immobilier… Bref, L’omniprésence du géant de l’investissement se ressent à tous les niveaux de la société de consommation mauricienne. En l’espace de 23 ans, la compagnie, gérée par un directoire composé majoritairement des membres, Dawood, Sulleman, Moussa, Mahmad, et Ahmed de la famille RAWAT, s’est développé en un véritable empire, où les placements de plus de 160,000 mauriciens et de plus de 23,000 investisseurs divers, servent de combustible à son expansion fulgurante. L’île Maurice devient alors trop petite pour les ambitions des Rawat. La BAI se tourne vers l’Afrique avec notamment des portefeuilles importants dans les secteurs des Finances et des Services au Kenya, à Madagascar, puis vers Malte, sans compter d’autres assises dans d’autres métropoles européennes, américaines et caribéennes.

A ce jour, à Maurice, la partie visible de la pieuvre BAI se compose d’entités diverses telles :

  • The Mauritius Leasing Company Limited (1997)
  • First Brokers (2000)
  • Agritec Car Rental (2000)
  • Solis Indian Ocean (2001)
  • News International (2001)
  • Ireko Design & Construction (2001)
  • IDC (2001)
  • Marcomm (2003)
  • IFRAMAC (2004)
  • BATC (rep. de la Malaysian Airlines) (2004)
  • Courts Mauritius (2005)
  • Bramer Asset Management (2005)
  • Bramer Bank (2008)
  • Agence Générale de Commerce Ltee (2008) 
  • Apollo Bramwell Nursing School (2009)
  • Apollo Bramwell Hospital (2009)
  • Century Banking Corporation Ltd (Islamic Banking) (2009)
  • Bramer Global Trade Limited (2010)

Selon le site officiel, La frénésie expansionniste de la BAI s’arrêtera en 2010, mais la cotation en bourse de plusieurs de ses compagnies place le conglomérat en position de 2e compagnie du pays et leader dans plusieurs domaines domestiques. Le dernier rapport annuel public, datant de 2009, fait état d’actifs de plus d’un milliard de dollars, de 4500 employés et compte pas moins de 139 compagnies subsidiaires. Voir la liste des compagnies subsidiaires de la BAI

Bien plus inquiétant dans le contexte d’un tel désastre, est la proximité de la famille Rawat avec l’ancien régime et Navin Ramgoolam… Une relation publiquement qualifiée d’incestueux par le ministre Lutchmeenaraidoo. Selon certaines sources bien placées, les chances que ce scandale soit connecté avec celui des coffres de Navin Ramgoolam, sont bien réelles.

Une version mauricienne de la crise des “Subprime“, avortée avec la révocation des permis d’opération ?

bai_scbgPas si sûr ! Car au delà d’une faillite commerciale que l’on pourrait qualifier de surprenante mais gérable, il existe une réelle menace de disruption socio-économique d’envergure, qui pourrait se produire dans les semaines à venir et durer pendant un certain temps. La taille et la main mise du conglomérat BAI sur le marché domestique y sont pour quelque chose, tout comme l’ampleur de la fraude aussi.

On se souviendra de l’épisode des “subprime” américains, engendré par les faillites de Fannie Mae et Freddie Mac, deux géants américains du prêt et de l’hypothèque qui s’étaient engagés dans des placements à hauts risques et dans la falsification de leurs bilans financiers. Ils ont précipité, par répercution et effet domino, la chute de plusieurs géants de l’investissement, de l’assurance et du secteur bancaire et même celle du gouvernement islandais.

Si la faillite de la BAI a été stoppée par l’action subite du gouvernement mauricien, on peut aisément imaginer qu’elle ait été instruite pour éviter justement l’effet domino sur d’autres gros opérateurs économiques du pays. Il reste que le séisme aura tout de même mis à mal, toute la fondation du groupe et avec elle, celle d’autres opérations périphériques touchant le minuscule marché mauricien.

Il faut comprendre que la crise de la BAI, touche directement plus de 10% de la population du pays, implique 139 compagnies totalisant 4500 employés et que le préjudice de la fraude pèserait aussi lourd que la moitié du secteur du tourisme national.

Si les billes des dépositaires de la défunte Bramer Bank et des Policy Holders de British American Insurance sont garanties, tel n’est pas le cas pour celles des 24,000 détenteurs du placement intitulé Super Cash Back Gold…

En des termes plus simples, on pourrait ainsi dire que nous nous trouvons dans une situation (selon ma lecture personnelle des affirmations officielles) où il manquerait MUR 25,000,000,000, dans la tirelire globale des mauriciens. En quelque sorte, si l’on estime la richesse du pays à environ MUR 600,000,000,000, ce serait comme si 4% de notre patrimoine économique qui auraient été amputés par un groupe géré par une famille, aux seules fins de leur enrichissement propre. Imaginez donc l’impact d’un trou de 4% sur l’ensemble des indicateurs économiques.

Quels risques ? 

D’abords des milliers d’emplois…

Le plus évident des risques est celui qui pèse directement sur l’ensemble des 139 compagnies subsidiaires et de leur 4500 emplois. Seules les plus performantes seront sauvées. Les autres seront tout bonnement liquidées pour recouvrer une partie des sommes perdues, tout au moins. Et devant l’ampleur de la fraude, même la liquidation de tous les actifs du groupe ne suffirait pas pour en sauver au moins la moitié. Ainsi, près de 2 semaines après les événements, du jour au lendemain, planerait sur des milliers de mauriciens le risque de se retrouver sur le pavé… quasi simultanément !

Le seul arrêt des opérations de la Bramer Bank aura mis, en soi, beaucoup de PME en difficulté. Dans un monde hyper compétitif, un malaise de quelques jours dans le cashflow d’une entreprise peut la mettre KO, sans espoir de soutien d’une autre banque commerciale. Le risque dans ce cas, est bien sur, une longue liste de petites et moyennes entreprises qui devront mettre la clé sous le paillasson, pour la seule raison d’avoir travaillé avec le groupe ou ses compagnies subsidiaires et la banque du groupe. Avec cette débâcle, ce sont des centaines emplois autres que les 4500 du groupe BAI qui sont en danger.

Pertes de Confiance

L’Epargne…

BAI_afficheQu’on le veuille ou non, le conglomérat “Rawatien” aura contribué à la richesse de notre pays, avec ses activités diversifiées tant sur le plan domestique qu’à l’international. Sa lourde chute nous rappellera celle du grand arbre qui, même dans une luxuriante foret, laisse toujours une clairière qui mettra du temps à se recomposer. Si dans le monde végétal cela se passe généralement bien, dans le domaine économique, un trou, béant ou non, reste un trou pour des générations. Traduit économiquement, un trou de plusieurs milliards sape la confiance et le moral du peuple par rapport à l’épargne et ceux des investisseurs étrangers par rapport a la quiétude de l’environnement necessaire a des injections ou a des transits de capitaux dans notre service financier.

Dans un tel tumulte, comment demander aujourd’hui, au peuple mauricien de faire confiance aux banques, aux assurances et autres instruments d’épargne ? Comment fera un Lutchmeenaraidoo qui avait affiché l’objectif des +5% de croissance économique, si tout le système financier mauricien rebute les épargnants locaux ?  On devra à un certain moment ou à un autre, ressentir un ralentissement découlant de cette situation. Réussir à dompter la bête, tout en tenant compte des promesses électorales et des autres objectifs, sera le nouveau défi du gouvernement mauricien… Mais, il n’y a pas que cela !

Dans nos Institutions…

Il y a aussi la perte de confiance dans les capacités d’action des institutions régulatrices, à l’instar de la FSC) Financial Service Commission et de la BoM (Bank of Mauritius) qui bien qu’elles furent au courant de la fragilité du groupe BAI depuis plus de 2 ans, n’auront jamais agi pour endiguer la catastrophe du “Bramergate”. Cette atmosphère d’inconfiance n’est pas nouvelle et est liée dans la conscience collective aux ingérences intempestives et disruptives de la part des politiques au pouvoir, quelque soit leur bord.

Politique…

Nettoyage oui…  Mais à quel prix ! Plus ennuyeux est la confirmation de cette perception de la dépendance politique de nos institutions dites “indépendantes”, par rapport aux régimes en place. A ce jour, le feel-good factor définitivement gâché, la crainte que le nouveau gouvernement Jugnauth ne perpétue et reproduise ce type d’aberration, se cristallise de par les dernières nominations totalement subjectives, à la tête des agences publiques. Résultat : La confiance dans un gouvernement qui aura promis un miracle économique et social s’estompe… et s’essoufflera inexorablement tant que de concrètes réalisations ne se font pas voir.

Faire quoi alors ?

RESTER LUCIDE… en premier lieu

Croire qu’on en sortira indemne du Bramergate relève du mythe, tant les ramifications sont importantes ! Et ça, il faudra que notre gouvernement vienne nous l’expliquer, dans un langage clair et intelligible, à la lumière des révélations qu’engendreront les audits et autres enquêtes dans les semaines, voire dans les mois à venir. Il est du devoir des conservateurs, des administrateurs, des instances régulatrices et des membres du Gouvernement de faire preuve d’une transparence totale et surtout de proactivité par rapport aux décisions urgentes à prendre. Il s’agira pour ce petit monde d’être précis, concis et clair dans leurs explications.

Il faudra se préparer à une déferlante de problématiques et de cas sociaux qui découleront directement du Bramergate. De massives pertes d’emplois sont à envisager sérieusement et il ne serait pas prématuré de se coller à la mis en place de ce l’Anglais est fier d’appeler un “Contingency Planning”.

Faire preuve de Solidarité

L’évolution de la situation sociale aura comme baromètre, le mood des 24,000 détenteurs du plan Super Cash Back Gold. Leur trouver une solution viable est LA priorité, bien plus que les Smart Cities ou autres projets faramineux de Lutchmeenaraidoo.

Si il est vrai que des centaines de milliers de citoyens mauriciens lambda ne se sentent légitimement pas le devoir de s’engager via le gouvernement, pour sauver la mise de ceux qui croyaient faire une bonne affaire, il sera d’autant plus judicieux d’expliquer qu’il n’est plus question de sauver Pierre, Paul, Zak, mais bien une économie touchée et un fragile tissus social.

Solidarité aussi face a l’amateurisme… Plus que jamais ! Il sera important d’envoyer un signal clair aux politiciens qui sont au pouvoir, pour leur faire savoir qu’il ont une mission essentielle, celle pour laquelle ils ont été plébiscités en décembre 2014 : Le Changement ! Et non pas un décapage politico-social au vitriol !

Le changement… avec des reformes qui donneront aux régulateurs l’indépendance et de réels pouvoirs de sanction, essentiels à leur crédibilité, avec une volonté réelle de responsabiliser encore plus les nominés politiques en les liant pénalement aux malversations et aux dysfonctionnements.

Proposer des solutions difficiles mais apaisantes…

Comme pour tout chef de famille responsable, il est dans l’obligation du Gouvernement de trouver les solutions les plus appropriées pour rassurer ses dépendants. Il est définitivement de la responsabilité du gouvernement mauricien de rattraper les fautes de ses agences régulatrices et cela même si le gouvernement nouvellement en place, n’est aucunement à l’origine de la catastrophe et des tensions que subit la population.

S’il est vrai que notre pays possède 110 milliards de réserves (dixit Duval en 2014), la solution la plus juste serait éventuellement de renflouer à hauteur des 19-25 milliards annoncés, les investissements initiaux des 24000 détenteurs du plan du Super Cash Back Gold, quitte à laisser au placard, un ou deux des sept Smart Cities programmés. Il appartiendra au gouvernement par la suite de se faire rembourser ces sommes soit par la vente des actifs de la BAI, par la cristallisation des biens des Rawat, à travers des actions en cour qui prendront le temps qu’il faut. L’heure, je le rappelle, est prioritairement au changement et à la responsabilisation. Une croissance a +5% ne servira à rien si le pays vit de vives ébullitions sociales, en permanence.

Mots de la fin

Au bout du compte, on aura appris, aux dépens de 24000 de nos compatriotes, que la course a l’enrichissement rapide que ce soit par le siphonnage de sa propre compagnie ou par le truchement de plans d’assurance a rendements mirobolants n’est autre que du gambling pur et simple… des fois on gagne, des fois l’on perd !

 

 

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