Entre l’Enfer d’un Ailleurs Quelconque et une Guerre sans Espoir ici…


Finalement, je me vois bien candidat à l’émigration. En tout cas, depuis quelque temps j’y songe sérieusement. Ce pays de tant d’espoirs me laisse désespérément sur ma faim. Je me dis qu’ailleurs, ils sauront quoi faire de ce que je peux apporter… Mais bon…

Il y a un tel bordel ici, que je ne peux entrevoir quoique ce soit pour nos enfants. Les scandales se résorbent d’eux-mêmes à la faveur des incriminés, les petits copains et les petites copines ont toujours la cote, les traîtres sont traités avec les honneurs et nos politiciens ressemblent plus à des morpions-à-grattelle qu’à de vrais serviteurs du peuple. Et dire qu’il n’y a pas plus d’une année de cela, je me voyais faire de la politique, ici, à Maurice… Mais quelle connerie d’avoir osé en rêver ! Le buzz autour du Parti Malin aurait du m’avoir mis la puce à l’oreille !

Aujourd’hui, en mai 2015, 40 ans après la révolution estudiantine (notre “mai 68” – sous les pavés… le MMM), l’électeur mauricien n’a toujours pas compris l’enjeu de son vote et l’importance de ne JAMAIS, ô grand jamais, donner à un gouvernement plus de trois-quarts des sièges au parlement. PIRE, il n’a toujours pas compris que le pouvoir démocratique c’est lui, et sa capacité collective de persuasion comme de dissuasion.

Je me vois difficilement vivre au milieu de gens qui ont une sainte peur de l’ombre de leur cul, au milieu de tant de faux-culs justement, qui n’hésiteraient à aucun moment, sans un soupçon d’hésitation, de vendre père, mère et enfant, pour avoir une place au poulailler du pouvoir !

J’ai cette irrépressible horreur de constater que ceux qui demandaient à tue-tête du changement, il y a quelques mois, trouvent aujourd’hui à en redemander, quitte à revenir à ce qu’ils tentaient de d’exorciser précédemment. Eux qui avaient opté pour une omelette, refusent obstinément que soient cassés les œufs, mais exigent de bouffer pour trois. Si en français on connaissait l’expression qui dit :

vouloir le beurre et l’argent du beurre,

l’équivalent mauricien se rapprocherait plus du :

vouloir le beurre, l’argent du beurre… la vache et la laitière !

Pour beaucoup de Mauriciens, il paraîtrait même que l’odeur de pourriture vaut mille fois mieux qu’un nettoyage à grande vapeur. Si on pouvait virer Ramgoolam et lui rendre ses 220 millions et sa Soornack, si on pouvait virer Rawat et faire semblant que tout va bien dans les centaines de sociétés que contrôle la BAI, si l’on pouvait détruire le MMM tout en gardant Bérenger, cela aurait plu… Cette absence de réalisme, ce manque de pragmatisme m’affole !

Et là, arrive cette question que l’on me pose souvent ces derniers jours… celle qui agace, fâche et tue :

Abe twa Gran Lagel, si to ti dan plas Jugnauth, ki to ti pou fer ? Eski to ti pou less dimounn perdi zot plas travay ?

Et quand je leur réponds oui, quand je leur dis que tout grand nettoyage a sa grosse facture, cela les frustre… au point qu’ils font de moi, illico et de facto, un allié de la dynastie de La Caverne… une sorte de veste retournée… une sorte de mec avec un cactus dans le falzar ! Bande de “ti-lespri” va !

En 2015, je ne digère toujours pas l’hégémonie dynastique et encore moins la politique du copinage et je ne m’y ferai jamais ! Mais je sais faire la part des choses et j’ai le courage de reconnaître ce que font de bien, les autres.

Ce qui m’écoeure, c’est l’attitude de certains opportunistes qui utilisent massivement la misère du peuple, pour se refaire virginité et vitrine !

Comme ceux qui essaient de faire croire que même si la BAI a volé tout le monde, y compris ses salariés, la chute du mastodonte ne serait jamais arrivée, si le gouvernement avait laissé faire ! Devant tant de mauvaise foi, devant une telle arnaque intellectuelle je ne peux que désespérer, en pensant aux nombreux moutons qui tomberont dans le panneau.

Ce qu’il fallait expliquer, c’est que dans une grave situation pareille, normalement le gouvernement n’a ni l’obligation, ni l’autorité de jouer au double jeu du juge et partie. Il fallait endiguer l’hémorragie, il fallait stopper net une arnaque à grande échelle qui aurait conduit tout le pays dans un gouffre économique sans retour et il l’a fait ! Au moins, mes enfants ne subiront pas les déboires d’un “Subprime” à la mauricienne. Mais d’un autre coté, il était naturel, voire essentiel qu’un gouvernement fasse tout pour apaiser les tensions sociales qui naissent d’une telle catastrophe, en proposant des compromis, en gage de solidarité avec les lésés du scandale. C’est cela son rôle ! Et il l’a fait !

Qu’on se le dise et qu’on le dise tout court ! Si le gouvernement ne s’était pas impliqué courageusement maintenant, ceux qui ont retrouvé leur emploi aujourd’hui, ceux qui ont retrouvé leurs investissements (tout au moins en partie) aujourd’hui, ceux qui ont reçu des dédommagements de licenciement aujourd’hui, n’auraient eu droit à RIEN, si la chute de la Bramer et de la BAI devait arriver plus tard dans le temps !

En fait, je suis fatigué des grands bien-pensants qui, sans jamais se mouiller, s’appliquent à attiser les braises d’une politique idiotement partisane… au lieu de faire revivre cette solidarité, qui nous caractérisait jadis, devant les tâches et les couilles qui nous attendent sur la voie du changement, aujourd’hui et demain.

Je suis las de conclure pour la énième fois que nous, petits Mauriciens, nous nous laisserons bêtement bernés, encore et encore, alors qu’il est urgemment question de réformes électorales fondamentales et de renouveau social.

Émigrer, reste une idée géniale… Découvrir de nouveaux horizons, recommencer une vie en se basant sur l’expérience passée, changer d’air… tout y est tentant ! Mais elle reste, pour moi, celle de la fuite en avant, une idée à laquelle je ne peux ni adhérer ni souscrire. En fait, la vérité est que hors de notre paradis, tout ressemble à l’enfer et fait peur ! On ne s’y sentira jamais totalement chez soi !

Notre nation mauricienne est riche, belle et prometteuse, tant que des pillards patentés et divisionnistes de surcroît, n’en font pas leur terrain de jeu privé. Je suis foncièrement patriote mais quand il en arrive à défendre ma descendance contre une nation aux esprits rétrogrades, il n’y plus de patrie qui tienne. La guerre, si besoin est, je la ferai ici-même, ou alors je choisirai la paix relative de l’enfer d’un ailleurs quelconque…

Des deux solutions, la première est celle qui me ressemble le plus… mais pour l’heure, il est surtout question pour moi, de vivre une vie ou je reconnais et pratique les vrais valeurs d’une humanité viable, basées sur les principes du développement durable de la société… et de l’Homme.

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