(COUP DE) GUEULE DE BOIS POST-ÉLECTORALE !


Publié à l'origine dans la livraison du quotidien Le Mauricien du 17 juin 2015

Kan to fel, to asim to responsabilite… to ale !

Au point où nous en sommes, il serait inutile de revenir sur la débâcle du MMM ou sur le forfait historique du Parti Travailliste. Ce qu’il faut surtout en déduire, c’est que deux individus, deux leaders bornés et avides de pouvoir, auront suffi pour priver la République de Maurice, une démocratie moderne, d’une opposition saine et réactive. À leurs palmarès, le sabordage des deux partis nationaux les plus respectés de l’électorat.

Si pour l’un, cette descente aux enfers se résumera à une quasi fin, pour l’autre ce sera, au mieux, la douche d’un redressement qui pourrait durer au moins une vingtaine d’années ! Pour moi, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam trahissent la démocratie mauricienne, en s’obstinant à rester à la direction de leurs partis respectifs, au vu de leurs échecs.

Comme toute trahison, celle-ci a un prix. Aujourd’hui nous héritons d’un pouvoir aux allures totalitaires, avec un gouvernement déjà fort au parlement, avec quasiment 75 % des sièges et 100 % de la direction des villes.

  • Cela me choque-t-il ? Non !
  • Est-ce dangereux ? Théoriquement oui !

Exemple :
Si demain, le gouvernement décidait d’amener une loi pour multiplier par 5 la taxe urbaine, en maintenant l’absence de fiscalité dans les « villages », ce ne seront ni les grincements de dents, ni les menaces de suicide ou les « walk-out » de Baghwan ou de Bérenger ou de la dizaine d’autres de l’opposition parlementaire qui pourront y changer quelque chose ! Pire, aucun conseil municipal ne s’érigera en bouclier pour préserver les intérêts des citadins.

En outre, ce gavage de l’Alliance Lepep au pouvoir-tous-azimuts, ouvrira certainement les portes à certains excès, notamment en termes de trafics d’influence, de népotisme et de petits arrangements entre amis. Et c’est dans ce type de contexte que de nouveaux cercles de corruption et de dessous de table, risquent de pulluler, si l’on ne se dote pas de réseaux de surveillance citoyenne efficaces au fouet, en appui aux institutions qui implémentent la bonne gouvernance de Bhadain.

Dans la réalité, néanmoins, on peut penser que la conscience et la personnalité de certains, élus ou non, permettent un contre-pouvoir minimum. Collendavelloo et Ganoo en sont les preuves, s’il en fallait… Ils ne sont à ce jour ni des transfuges, ni des leaders de partis satellites du MSM. Ils ont, de fortes personnalités et aujourd’hui, les cartes en main pour fédérer, dans un contexte de vide politique.

Si l’on peut reprocher à Collendavelloo son sens de l’opportunisme et à Ganoo son déficit en termes de timing (il aurait dû être dans la course municipale), la dislocation du MMM est, en soi, un énorme progrès dans la mentalité politique… Il y a, même si timide, une réelle volonté d’écouter.

Mais passons…

Hormis le fort taux d’abstention et la boulette du PM (« Bizin tir drwa de vot ar zot ! »), une des grandes leçons à tirer des municipales 2015, c’est l’obsolescence, et de notre système électoral dans son ensemble, et de notre administration régionale. Nous avons hérité d’un système, qui prône et favorise la bipolarité et la dépendance politique à tous les étages, reléguant au dernier plan, l’émancipation politicienne du petit peuple.

Si, le papillon de Rezistans ek Alternativ semble s’être brûlé les ailes, ce n’est pas pour autant de leur faute. Ils auront vaillamment déployé l’énergie et les moyens qu’il fallait pour être présents, à leur modeste niveau.

Il n’y a pas photo ! En l’absence du PTr, les votes donnés aux braves indépendants, R & A, FSM, MMMSD, Parti Malin et compagnie, ressemblent à une sévère sanction du MMM, plus qu’à un désaveu du régime en place. De par la nature même du système, interférer dans un duel de « grands », entre une coalition hétéroclite et une machine grippée, équivalait à diminuer les chances du plus vulnérable, tout en y laissant des plumes.

Mais voilà ! On ne peut en 2015, penser aux élections comme un « jeu de serpents », où des coups de dés déterminent celui qui monte et qui descend sur l’échiquier d’un pouvoir à caractère dynastique, voire tribal. Et cela ne peut se régler qu’au creux même d’un nouveau système électoral moderne qui aurait l’obligation d’offrir au peuple, sur un terrain neutre et équitable, l’accès aux outils démocratiques du pouvoir décisionnaire et exécutif… À moins qu’il soit dans la stratégie de nos gouvernants de nous sevrer systématiquement de la possibilité de faire de la politique, autrement qu’à l’intérieur d’un sérail, où tout tournerait autour d’un nom… un peu à la manière des colons d’autrefois !

Dans le système actuel, la part des forces émergentes, ne sert qu’à renforcer l’accès au pouvoir, des mêmes, de manière alternée certes… mais des mêmes toujours ! 
Vu sous un autre angle, on a l’impression que :

  1. Le système n’appartient qu’à une grande clique composée de médecins, d’avocats et autres académiciens des deux pôles majeurs, et en legs, à leurs progénitures.
  2. Tout émergeant doit s’acquitter d’une « Jizya »… sorte de taxe, en forme d’allégeance, sous peine de ne pas exister sur l’échiquier politique, régional ou national !

Le système n’est pas tout pourri, mais…

Si les présentes dispositions du processus électoral paraissent justes et permettent la libre participation de tout citoyen aux élections, elles ne la favorisent pas. Or, la bonne santé d’une démocratie se mesure à l’engouement du peuple à se prononcer, à proposer et à agir en toute liberté. La disparité des moyens à pourvoir est beaucoup trop grande, entre un « grand » parti, un candidat indépendant ou une formation émergente.

Exemple :
Si un candidat indépendant est une personne moralement et légalement responsable de ses paroles, de ses actes, de son financement dans le cadre d’une élection, tel n’est pas le cas pour les grands partis politiques. Ils n’ont aucun statut, aucune identité morale et ne peuvent être attaqués légalement, sur les plans du financement (souvent opaque d’ailleurs… Merci Dawood). Alors que l’indépendant, lui…

Il faut donc repenser, de manière fondamentale, tout notre système électoral, redéfinir des cadres légalement contraignants ; de l’éthique, du financement, du statut de partis politiques, entre autres, tout en s’assurant que le citoyen lambda ait à sa mesure, les moyens qui lui permettront de se hisser à la hauteur de l’enjeu. Ce serait déjà un grand pas vers l’ « empowerment » du petit peuple.

Il y a aussi le redécoupage géographique, le recensement non-ethnique et la méthode des résultats. Il est temps que la proportionnelle prenne sa place dans la distribution des pouvoirs, afin de refléter justement, LA décision du peuple et permettre à une opposition systématique et légitime de veiller à la protection, en premier barrage, des droits et des intérêts du citoyen.

Et puis, il y a ceux qui doivent assumer les fonctions les plus impartiales et les plus apolitiques de nos exécutifs ; Le Président, Le Ministre de la Justice, Les Maires et les Présidents de Conseils de Districts. Qu’ils soient élus aux suffrages, sur la base d’un programme, d’une équipe et d’un charisme et que les mandats soient limités à deux consécutifs !

Je m’aventure à vous interpeller Monsieur le Premier Ministre, en vous exhortant au nom de tant de Mauriciens, d’initialiser au plus vite, la grande réforme de la Nouvelle République, (Je n’ose pas utiliser le terme Deuxième, pour des raisons de Droits d’Auteur ! LOL !) qui, si je ne m’abuse, se trouve dans votre programme.

Vous le savez mieux que moi :

L’électeur mauricien n’est pas un idiot ou un illuminé… il a l’étoffe d’un superhéros qui sanctionne et punit, le moment venu !

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