JIOI 2015 ou La Chronique d’un Jeu des Etats de l’Océan Indien


Kosa Larive ?

L’organisation des jeux de l’Océan Indien 2015, à La Réunion, est somme toute, une grosse catastrophe (pour ne pas dire farce), mis à part les performances des fiers athlètes de l’Océan Indien. Entre la défection de l’Union des Comores, d’entrée de jeu, sur incident diplomatique et l’expulsion des volleyeuses mauriciennes du gymnase, en passant par l’arrachage de drapeaux sur les podiums, la grande kermesse sportive a tourné à l’eau de boudin ! Bref, un énorme gâchis de plusieurs millions d’Euro, que l’on ne peut imputer qu’au CIJ.

D’emblée, je m’avancerai tout de même à dire que, la déconvenue réunionnaise, n’est pas un fait du peuple réunionnais, ni celui des Français, des Mauriciens, des Mahorais ou encore moins des Comoriens. Nous attendions tous, avec la même impatience, cette période de joutes sportives, festives et fraternelles qui rythment, de manière quasi quadriennale, nos vies nonchalantes d’Îliens, depuis 1979.

Cette fraternité qui nous unit presque génétiquement, que l’on vienne du 10e district de la République de Maurice ou du 101e département de la République Française, est le moteur de notre fierté d’appartenir à une région unique au monde, creuset d’un métissage hors pair, pourtant si loin de toutes les métropoles. Et ce rendez-vous cyclique des Jeux des Iles, a ce fabuleux pouvoir de transcender cela.

Puis il y a ce respect de l’autre dans l’effort, la victoire, la défaite, la douleur… Il y a cette dignité, que nous avons tous, commune, dans nos sangs, que l’on soit Malgache, Seychellois ou Maldivien… tant de qualités qui font de nous, fils et filles d’esclaves, des gens fiers et libres.

Mais à bien y voir, hormis Mayotte et la Réunion, nous sommes tous indépendants, libres d’un assistanat si souvent décrié. Elles étaient d’ailleurs les deux seules à ne pas arborer de drapeaux distinctifs, battant un seul et même pavillon, celui d’une république jadis colon. Quoi ? Ce pourrait-il donc, que La France, qui aurait déjà deux îles représentantes à ces jeux, ait aussi voulu que les Comores grossissent ses rangs, pour faire face aux moins lotis de la région (question d’affirmer sa suprématie et sa position au sein de la COI ) ? Non… ! Je ne pense vraiment pas que la patrie du Baron De Coubertin, s’aventurerait sciemment dans une telle cascade anti-fairplay !

Justement, il serait peut être temps que nous y songions aussi : Monter une équipe mauricienne, une équipe rodriguaise, une chagossienne, qui concourraient indépendamment sous la même bannière quadricolore, et qui entonneraient le même sublime Motherland sur la plus haute marche du podium. Ce pourrait être cela de vrais Jeux des îles, et non pas LE Jeu des États de l’Océan Indien, comme celui que nous vivons actuellement. Mais là n’est pas le propos ! La vraie question est beaucoup plus simple…

Oteeee… Arett Moukate ! Se Ki Loterr ?

Comment quelques gratte-papiers ont-ils pu gâcher la fête la plus attendue de la jeunesse Indianocéanique ?

Comment en est-on arrivée à une situation où l’on aurait demandé aux Comoriens d’accepter de défiler aux cotés de Mayotte sous le tricolore français, alors que la charte des jeux a ce sujet est claire, nette et precise ?

Mayotte n’arborera aucun symbole de l’État français (hymne et drapeau). Elle utilisera ceux des Jeux.

Pourquoi interdire les hymnes nationaux et s’employer à arracher des drapeaux des mains de nos champions ? Comment diable peut-on passer du statut de fédérateur, à celui de semeur de zizanie diplomatique, par simples décisions incohérentes ? Que La France ne veuille pas reconnaître Les Comores est une chose, mais vouloir leur forcer la main sur le terrain sportif, en est une autre de très grave, je pense !

Devant autant d’incompréhensions, il nous est essentiel, de rassurer nos athlètes… de leur dire que nous, loin des mystères de la géopolitique, nous croyons en eux, en leurs sacrifices, en leurs espoirs et leur honnête envie de se prouver dans le fairplay et dans l’effort. Il est temps de leur dire que nous les respectons au plus haut point, contrairement à certains politiciens prêts à se tirer dans les pattes, tout en faisant l’impasse sur la souveraineté des nations participantes !

A l’instar des Malgaches ou des Comoriens, le peuple mauricien est des plus amers… humilié, par une organisation laxiste menée par un des siens… frustré de ne pouvoir vivre en diapason toute l’émotion et la fierté de ses champions qui du haut du podium, main sur le cœur, entonnent avec ferveur leur hymne national, drapés dans les couleurs de leur patrie.

Petite mention émue pour la Présidente du Conseil Général de la Réunion, Nassimah Dindar, qui disait entre autres, hier :

INADMISSIBLE ! Nos sportifs, comme ceux des autres pays, doivent pouvoir saluer leur drapeau et chanter leur hymne national…

… Il est encore temps de redonner du sens à ces Jeux des Iles, celui du Sport et de la Fraternité.

Oui… Il faudra les repenser ces jeux, en faire de vraies compétitions multisports où politique et géopolitique seront laissées au placard. La priorité devra être la révision de la charte et de la mission du CIJ. Il faudra revoir les JIOI comme une simple fête du sport et des îles, quitte à ce que La Réunion et Mayotte (simple suggestion) délaissent momentanément leur statut de département français pour se présenter, à l’instar de régions comme La Bretagne ou la Corse qui ont à cœur leur identité propre, comme des îles à parts entières de l’Océan Indien.

Je sais : “Il est simple et trop simpliste de dire ! Qu’entre faire et critiquer, le fossé est énorme…” Mais comme tout Mauricien, en ce moment, je suis dépité, malheureux de voir s’engager dans de si tortueux sentiers, ce qui était jusqu’ici, une fête de l’amitié inter-îles et un tremplin pour nos jeunes espoirs.

Pour terminer, en attendant une hypothétique prise de position de la part du ministre mauricien des sports, je citerai la diatribe de mon ami Jean François Leckning :

Aussi, amis athlètes, je vous le demande : indignez-vous ! Ces Jeux des îles vous appartiennent. Et personne, pour rien au monde, n’a le droit de vous nier votre identité mauricienne. Il y a des enjeux qui sont plus importants que le sport. (Lire l’intégralité de sa lettre ouverte aux athlètes mauriciens)

Elle en dit long !

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