Libérez… Délivrez… Le Cannabis à Maurice


Pour la Libéralisation de la Consommation du Cannabis

Oui… Combien même ce serait (en ce moment surtout) politiquement incorrect, je me rangerai du coté des pro-cannabis, bien que je n’en suis plus consommateur… Non plus parce que mes amis, mes enfants majeurs, leurs amis et les amis de leurs amis en consomment régulièrement de manière récréationnelle… encore moins parce que je crois en ces rites religieux qui permettent son utilisation ( je ne crois d’ailleurs aucunement en la spiritualité du THC), mais bien parce qu’il est enfin temps d’avancer sur le plan de la lutte contre le trafic de drogues et sur le traitement des dépendants, à Maurice.

Ce que je sais de la Marijuana…

… C’est ce que m’ont appris mes recherches et mes lectures, à savoir, entre autres choses, que le THC qu’elle contient, favorise la sécrétion d’endorphines (ces hormones du bien-être), tout comme la nicotine, l’alcool et autres psychotropes disponibles sur prescription… tout comme le sport, le chocolat, l’acte amoureux et bien d’autres facteurs environnementaux.

J’ai aussi appris que l’indice d’addictologie du THC est loin d’être aussi fort que celui de ces produits licites, qui sont rendus accessibles au grand public dans nos supermarchés et pharmacies. On en décrocherait plus facilement que de l’alcool, de la cigarette, des anxiolytiques, des opioïdes ou des alcaloïdes.

Les autres facteurs de dépendance cités plus haut, ont été cliniquement prouvés beaucoup plus sévères, et on en reconnait pour la plupart, de forts caractères sociopathiques, pathogènes, voire létales ou les trois à la fois… exemples :

  • La Cigarette >> Cancer (30 % de l’ensemble des cancers dépendent du tabac) ,
  • Alcool >> Cirrhose du foie (le risque de cirrhose est multiplié par 6 pour des consommations “modérées“) ,
    • Troubles comportementaux – Violences gratuites, Bipolarité, Dépression, Syndrome de Korsakoff, Asociabilité…

sans compter les troubles à l’ordre public initiés par des consommateurs d’alcool ou de psychotropes autorisés d’importation ou de fabrication. Et pourtant, ces produits là restent licites, rapportant au passage, des milliards en devises, aux caisses de l’état.

Le Gandia, vraiment dangereux pour qui ?

La dangerosité du gandia ne se situerait donc pas au niveau du THC, mais au niveau de ce qu’il représente par rapport à ce que génèrent les filières du tabac, de l’alcool et des médicaments qui, soit dit en passant, sont l’apanage de grandes multinationales aux lobbys super-puissants, qui influent lourdement de manière globale, sur certaines politiques nationales. D’ailleurs, dans quelques métropoles où la libéralisation de la marijuana devient réalité, certaines de ces multinationales, à l’instar de Philip Moris et Reynolds, pensent déjà à “packager” la marijuana sous forme de cigarillos… un juteux marché au potentiel de $ 50 Milliards !

Donc Non ! La dangerosité du gandia ne se situe pas au niveau du THC… Surtout pas à Maurice ! Ici, le réel danger de la marijuana réside dans sa capacité à changer la donne au niveau de la méthodologie politicienne… Ce que réfuteraient, bien entendu, tous les politiciens locaux, même si cette idée reste une vivace vérité dans la conscience collective, et est loin de n’être qu’un mythe urbain.

Mais simple question, avant d’aller plus loin : Combien de nos parlementaires, d’après vous, ont déjà fait l’expérience d’un joint dans leur jeunesse, sur leur campus ou entre amis lors de soirées sympas ?

Tiens ! Je vais même poser la question à Sir Anerood Jugnauth !

« N’avez-vous jamais, Monsieur le Premier Ministre, consommé du gandia, sous quelque forme que ce soit, bang, bong, joint ? »

En somme, dans ma petite tête, trotte une petite bête qui me fait penser qu’au final, le gros du problème n’est pas la consommation du cannabis, mais bien ce qu’il représente.

On sait tous, que pendant certaines fêtes religieuses à Maurice, le Bang est de sortie et qu’il existe, pour ces occasions, une certaine forme de tolérance. Nous savons aussi que pendant un concert seggae, reggae ou populaire, existe aussi une forme de clémence temporaire. Donc le problème n’est vraiment pas là !  Consommer du gandia à Maurice est d’ailleurs, une habitude qui remonterait aux temps d’antan, quand le “pouliah” était vendu librement, dans certains commerces.

Enjeux économico-politiques ?

Par contre, libéraliser la consommation du gandia équivaudrait à tarir les canaux parallèles, underground, qui, grâce au business des drogues dures et synthétiques, auraient pu aider, d’une façon ou d’une autre, au financement de certaines campagnes électorales. On se souvient des Amsterdam Boys, des supputations dans l’Affaire Gro Derek, des suspicions de gros trafics sur un fils de politicien, pour n’en citer que ceux-là  !

J’ose même croire que si l’on tâtonne encore au niveau de la loi sur le financement des partis politiques, la raison se trouve dans la partie où une malheureuse justification de financement risquerait de mettre au grand jour des sources illicites, issues de ces bas-fonds qui approvisionnent notre jeunesse, en poudres et autres produits synthétiques mortifères.

Et si on se mettait à y réfléchir, à cogiter sérieux, aurait-on tort, dans le contexte moderne de la lutte antidrogue et du traitement des dépendants, de penser que les intransigeances de Gayan et de Jugnauth sont autant de manœuvres destinés à préserver des sources occultes et/ ou à en privilégier d’autres ? Si l’on peut imaginer qu’ils soient sincèrement et radicalement anti-drogues, rien ne nous indique qu’ils seraient foncièrement contre les sources de financements sales, pour alimenter leurs caisses de campagnes. A mon humble avis, l’ensemble du gouvernement mauricien aurait intérêt de tout faire pour nous enlever ces doutes, en adoptant une approche beaucoup plus transparente, ouverte aux discussions et à des décisions modernes et proactives.

La libéralisation de la consommation du gandia, nous avancerait à quoi ?

D’abord, elle ne représente en aucun cas, un recul de la lutte anti-drogue. Il n’est pas question de rendre légal le trafic, encore moins sa prise en des lieux publics et protégés (écoles, hôpitaux, jardins d’enfant, entre autres). La libéralisation de la consommation n’implique pas l’impunité pour la culture commerciale ou sa vente libre.

Bien au contraire ! Elle propose plutôt une approche pragmatique qui s’appuierait sur une palette d’outils légaux modernes, fiscaux par exemple, qui auraient la faculté de paramétrer chaque étape necessaire à la consommation du cannabis (culture, commerce, consommation, pédagogie). Un tel encadrement légal devrait faire reculer les reels fléaux que sont les drogues synthétiques et autres drogues dures.

Il ne s’agit pas de légaliser à tout va. Le THC reste un produit psychoactif ! Même si naturel dans le cannabis, il convient d’en encadrer légalement la production, la commercialisation, la distribution et la consommation, au même titre que les molecules présentes dans nos medicaments.

Six Milliards par An !

Weed_moneyLa valeur économique de la seule consommation du cannabis est telle, qu’elle peut être considérée comme un réel secteur. Utilisée à bon escient, elle peut se révéler fatalement disruptive, notamment pour les réseaux parallèles.

On peut facilement estimer la consommation du gandia dans une moyenne de Rs 60000 par an et par consommateur. Si nous nous basons sur les statistiques de la UNODC (2004) qui dit qu’il y aurait aujourd’hui environ 100000 « gandiophiles » âgés entre 15 et 54 ans, à Maurice et croisons cette donnée avec notre estimation de la dépense moyenne annuelle du consommateur, cela qui nous amène au chiffre astronomique de Rs 6 Mds dépensés pour du gandia par an… Une reel secteur économique à dix chiffres… et nous ne parlons même pas de la transformation du chanvre !

Faire entrer de manière légale ce commerce dans le circuit économique du pays, ne peut que générer de nouveaux revenus.

Demandez aux ONG ce qu’elles pourraient faire d’une enveloppe de Rs 900 000 000.00 !

Pourquoi liberaliser ?

En pratique, tout produit de consommation est soumis à des paramètres légaux qui permettent, entre autres choses, d’assurer :

  • La sécurité sanitaire du consommateur,
  • La participation de son commerce dans les recettes de l’État sous forme de taxes,
  • La traçabilité, le contrôle de production et de distribution,
  • La minimisation du marché noir et du trafic.

Définir un cadre légal intelligent de consommation du gandia permettrait justement cela, et pourrait servir de base pour durcir le combat contre le trafic de drogues et le traitement des dépendants de tous bords.

Comment ?

La Libéralisation de la consommation du gandia peut :

  • Générer des taxes qui serviront, entre autre choses, au financement de campagnes d’information, de plans et de centres de désintox et de réhabilitation,
  • Accroître et faciliter la transmission de la communication autour de l’addictologie et de ses dangers chez les jeunes,
  • Aider à la limitation des prises et définir la catégorisation des niveaux de dépendances,
  • Détourner les consommateurs des produits synthétiques et des drogues prises par injection et par extension, limiter la prolifération de maladies liées aux échanges de seringues (hépatite, sida etc.),
  • Aider à faire baisser l’offre sur le marché du sexe, en diminuant la prostitution liée aux drogues dures et faire ainsi diminuer les risques de maladies sexuellement transmissibles et autres problèmes sociaux qui en découlent,
  • Diminuer la pression démographique dans les centres carcéraux, ce qui permettrait une amélioration de l’etat des droits humains dans les prisons.

Fort de cette demonstration, je ne peux que rejoindre les forces qui luttent dans ce pays pour une lutte anti-drogue moderne et efficace. Les constats faits dans les états américains et les pays européens à la suite d’une liberalisation maîtrisée du cannabis, m’ont convaincu du bien-fondé de l’action menée par certaines associations et ONG locales. Je ne peux que me mettre à leur disposition et à celle de ceux qui militent dans le sens d’une libéralisation juste, calculée et maîtrisée.

Le combat pour libéralisation de la consommation du cannabis, ne se gagne pas dans la violence. Il se gagne dans le dialogue, au moyen d’une pédagogie sensée, pragmatique et simple. Tout est dans la balance des gains et pertes d’une telle disposition, et dans la manière de presenter la chose.

La lutte anti-drogue est tellement essentielle pour les generations futures, qu’il nous faut aujourd’hui agir sans œillères, de manière proactive et efficace.

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